Coopérants
Le dîner fut joyeux et plein de saveur. Ils firent honneur aux carbonnades de boeuf, baptisées viande de chimpanzé, poussèrent des cris ravis en dégustant dans leur glace les petits morceaux de thym appelés pattes de criquets. Emmanuelle eut sa minute de gloire à table, une mygale apprivoisée, c'est toujours sympathique à découvrir dans la corbeille de fruits. Entre le dessert et le pousse-café nous fîmes, Laurette et moi, une promenade romantique au clair de lune. Nous étions dans l'allée des néfliers.
Dites-moi, Laurette, vous connaissez ces arbres un peu étranges ?
Vraiment pas, je n’en ai jamais vu à Liège, donc.
Regardez-les bien, ils sont extrêmement rares et ne poussent qu’ici, dans la région de Kamituga.
Ah, bon, vraiment ?
Oui, parole de scout. Ce sont des pignoufiers.
Ah bon, et les fruits, alors donc, c'est quoi ?
Ce sont des pignoufs. Il s'agit d'une espèce rare et protégée, que j’apprécie beaucoup.
Et ça se mange ?
Oh oui, et on les déguste avec grand appétit quand ils sont mûrs, croyez-moi.
Yvan et Gustave fument un cigare au bord de la barazza. J'en vois les bouts rougeoyer de plaisir. Gustave tousse longuement, s'accroche à la balustrade, et puis dit d'une voix chevrotante :
Vous savez, Madame, les pignoufs, c'est très aphrodisiaque !
Ah bon, vraiment, vous avez essayé ?
Regardez-moi bien, Madame, j'ai cinquante ans, quatre femmes africaines et douze enfants. Grâce à Monsieur Fourmanoir, qui me fait livrer tous les jours quelques délicieux pignoufs frais de son jardin !

