En 1965, cinq ans après une indépendance prématurée, le Congo se retrouve dans un état avancé de déliquescence. Profitant de ce chaos, un militaire de carrière s’empare du pouvoir par la force. Il s’appelle Joseph Désiré Mobutu, va bientôt rebaptiser le pays Zaïre et imposer ce qu’il présente comme une nouvelle manière de gouverner, la zaïrianisation.

Il entreprend d’unifier l’administration, emprunte certains principes aux textes issus de la Révolution française et met en place des méthodes qui ne sont pas sans rappeler celles du stalinisme. Mais derrière cette construction politique, le véritable objectif est beaucoup plus simple. Prendre le pouvoir absolu et utiliser tous les moyens pour s’y maintenir.

Pendant des années, le système tient. Ensuite, il commence à se fissurer. À force de piller le pays et de laisser son clan agir en toute impunité, le régime finit par ruiner les structures mêmes de l’État. L’administration se délite, les finances publiques s’effondrent. Militaires, enseignants et fonctionnaires ne sont plus payés. Les militaires rançonnent pour survivre. Dans certaines régions, les maîtres d’école envoient leurs élèves travailler dans les mines plutôt que de les faire venir en classe. Il faut bien vivre.

C’est dans cette période charnière que se situe Le chant de la Mobale.

Le livre raconte l’agonie d’une grande société minière. Une agonie accélérée par la dégradation de l’économie mondiale, par l’incompétence de sa direction générale, par l’indifférence de ses actionnaires belges. Pendant que le pays s’effondre, la Compagnie se meurt à son tour. La place ainsi abandonnée fera l’affaire de sociétés minières canadiennes, puis chinoises, qui lui succéderont.

Ensuite Mobutu tombe gravement malade, et le régime commence à se décomposer. Les alliés traditionnels lâchent progressivement le Zaïre, politiquement comme militairement. Plus grave encore, certaines puissances anglo-saxonnes vont soutenir et financer une force armée venue du Rwanda. Elle envahit le territoire et contribue à faire naître un nouveau pays. Un Congo réduit à une coquille vide.

Pendant qu’à Kinshasa on discute du sexe des anges, l’hémorragie de minerais précieux et de richesses volées s’aggrave tous les jours. On a juste changé de maîtres. Le Congo est devenu une nouvelle colonie, sous la tutelle des puissances anglo-saxonnes.