Out of Africa

Le grand oiseau Sabena les avait ramenés vers l’Europe, cette contrée froide où les gens sont riches et besogneux. La petite Julia ne comprend pas pourquoi il faut mettre des souliers pour sortir, et la fillette cherche des goyaves et des papayes dans le jardin de Papy et Mamy. Hélas, on y trouve seulement poires dures et prunes amères. On a déniché pour William une école maternelle. Mais on n’y fait pas la sieste à l’ombre des bananiers, et l’après-midi le gamin est perturbé. 

Garance tente de négocier les prix avec les caissières du supermarché, mais on a lui dit que cela ne se faisait pas. Ici, les choses sont comme ça,  et il ne sert à rien de glisser un billet à l’agent de police qui vous arrête pour avoir brûlé un feu rouge.

Chaque soir à la fin du repas, tout le monde attend qu’Honoré arrive avec son air bonhomme pour débarrasser la table, mais il n’y a plus d’Honoré. Rien qu’une stupide machine pleine de boutons dans laquelle on bourre soi-même la vaisselle sale, vilain objet qui ne sourit jamais

​Il y a bien la Mer du Nord. Hélas les stations balnéaires de jadis sont envahies par des immeubles de béton dans ces dunes autrefois préservées. Les jolies maisons de vacances avec leur bow-window et leur toit en tuiles rouges sont encerclées par des stalags grisâtres et prétentieux. Sur la digue, on a abattu la vieille horloge en briques de leur enfance. 

Ils ont vendu leur maison en bois dans les dunes. Trop loin pour le boulot, trop chère à entretenir. Mère Flandre accable les secondes résidences de taxes débiles dans une politique d’épuration ethnique. 

Les vagues, elles, charrient sempiternellement leur quota de mouettes. Mais dans cette brume glacée, les oiseaux poussent des cris d’effroi avec des faces à la James Ensor.


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