Préface
Bruxelles Kigali Cyangugu Bukavu Kamituga soit
Bruxelles Kinshasa Kindu Kalima Kamituga soit
Bruxelles Nairobi Bukavu Kamituga
Kalima (Pangi. Maniéma. Kivu. Zaïre)
2° 33′ 53″ S, 26° 37′ 06″ E
548 m
Le petit porteur s’engage sur la piste herbeuse de Cyangugu, les quelques passagers s’éparpillent très vite par les sentes de latérite, la chaleur est douce et l’air orangé, égayé de bananeraies. Point d’accueil, seul un prêtre m’invite à bord de sa Land Rover, nous roulons vers Bukavu. Passage de frontières. Deux soldats fouillent mes valises ; les tissus arrivés là où rien ne les attendait face aux uniformes et aux regards ahuris. On ne m’y reprendra plus.
Les jardins de Bukavu au bord du lac Kivu, Méditerranée plus rouge aux tons assourdis, les piroguiers s’écoulent en psalmodiant, sas d’entrée idyllique juste avant les postes perdus, les mines inconnues et l’hôpital de béton noyé de sanie.
Nous étions quelques jeunes couples frais émoulus des études, inconscients et confiants entrant dans le monde d’avant quelque part dans le temps de l’enfance des années 50-60. Ceux qui avaient apporté leur argenterie s’en retournaient vite. Ultime cadeau à la plaine de Bukavu une paire de ciseaux, une nappe brodée et un service Bosch. La vie où rien n’a d’importance sinon vivre, le sucre ,le sel ,la farine, les charançons, le whisky et les petites combines de chacun révélant ses aptitudes.
Un huis clos. Sur cette scène vont se dérouler de grandes joies, des rencontres riches d’accomplissement, des malheurs, des solitudes, des pleurs lavés journellement de lumière et de pluie. Les hommes travaillaient, les femmes accompagnaient, leur ventre s’arrondissait, les bonnes soeurs et les médecins veillaient, les enfants s’épanouissaient heureux sans contrainte, l’une d’entre nous faisait l’école.
Quand le soleil tombait d’un coup et que l’obscurité se faisait sur la barza, le zamu entrait en scène, grand chasseur efflanqué muni de sa lance et de braises rougissantes. L’heure des contes qui chantaient et dont nous ne comprenions pas les paroles, seule la mélodie indiquait la soirée, les dîners, les longues conversations tardives.
Le soleil se lèverait aussi vite qu’il avait disparu, l’aube serait claire, l’air transparent et le déjeuner servi au jardin.
La maison du munganga

